Rennes, Place Sainte-Anne, décembre 2017.




Matoufilou

J'ai perdu le goût de la photo avec la fin de l'argentique. Puis, par le biais de Freddy Rapin (merci Freddy !), j'ai découvert LVEG, son collectif de passionnés, avec leurs tâtonnements, leurs ratages, leurs prises de bec parfois, avec aussi leurs réussites et souvent leurs merveilles. Je suis d'abord resté paralysé, commenter me suffisait, mais ça y est, c'est reparti, et j'espère m'amuser longtemps comme cet été, à goûter de nouveau au plaisir de ce qui se raconte à travers une image. Et le numérique finalement c'est très plaisant, on peut refaire sa photo à l'infini. L'histoire souvent s'impose après la prise de vue, dans le travail de tri qui s'opère au milieu d'une masse de clichés. C'est là souvent qu'une histoire s'amorce, qu'une photo prend son sens et qu'elle acquiert à mes yeux son importance. Mon aventure ici débute comme presque rien, modestement, par des scènes de vacances en famille. Il n'y a pas grand-chose à photographier. C'est comme une page blanche. C'est l'occasion de me tester en douceur, sans ambition et sans enjeu, pour voir où ça mène…
10 Commentaires
  1. A Rennes, on a été plus réactif qu’à Marseille ?

  2. Tragiquement drôle ! J’ai bien ri, merci Monsieur HR.

  3. Le titre m’intrigue, la référence à Duras, simple jeu de mots ou bien autre chose ?

  4. Duras… N’exagérons rien!

  5. Il faudrait un long texte pour expliquer mon envie de ce titre. Et ce n’est pas le lieu ici. Pas la place.
    Pour faire au plus court, disons que c’est le portrait sur la palissade qui a servi de déclencheur. J’ai songé à ce personnage féminin, dans cet hôtel à l’orée de la forêt, qui est seule et attend. Enfoncée dans sa profonde mélancolie, mais à la croisée des désirs : le sien, permanent, celui d’une autre femme, ceux des hommes. J’ai trouvé intéressant le regard de cette femme sur le passant, et cette forme de voyeurisme partagé (elle qui nous regarde, nous qui passons).
    Le titre renvoie également à ce qu’on devine derrière, ce trou béant (destiné à recevoir une nouvelle station pour la seconde ligne de métro), et au fait qu’on ait détruit à Rennes beaucoup de beaux immeubles, contrepartie d’une politique à long terme ambitieuse en termes d’urbanisme et de logement, et que Mme la Maire actuelle perpétue.
    Détruire dit-elle, c’est cette ambivalence de sentiments contradictoires devant ce qui se perd, inexorablement (l’immeuble à droite a été détruit depuis, et même cet obscur objet du désir qu’est ce visage sur la palissade a disparu). “Tout est décrit sur fond d’absence”. C’est ce qui m’a frappé ici : cette absence tellement présente.

  6. @ Brigitte : J’aime Duras et Annie Ernaux. Beaucoup. Intensément. Comme toi.

  7. @Matoufilou.

    Ah! Comment civiliser la Rue de la Soif… L’emploi du titre me faisait penser à l’utilisation du nom de Picasso pour baptiser une bagnole…Quant au visage… Je vais immédiatement prendre rdv chez l’ophtalmo…
    Effectivement j’aime Duras … mais avant Annie Ernaux j’en mettrai d’autres Virginia W, Katherine Mansfield, Karen Blixen, Jane Austen … Yasushi Inoué, Tchekhov, Philippe Roth, Philippe Lançon – on ne peut pas ne pas lire Le Lambeau – et je m’arrête là …

  8. Merci Brigitte, bien noté. Et je vais lire Le Lambeau. Promis.

  9. J’ai eu un peu de mal à voir ce visage tout en bas à droite, je pense qu’il aurait fallu l’éclaircir un peu pour lui donner sa place dans l’image … mais le cadrage reste très serré autour du sujet comme un photographe qui manque de possibilités de recul …

  10. … Ou comme un photographe, qui, comme d’habitude, aime serrer de près son sujet.
    De trop près sans doute, mais après c’est affaire de goût. Merci Estienne pour ce commentaire.
    @ Brigitte : j’ai lu Le Lambeau ce WE. Secousse intense ! Merci à toi.

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