Cathédrale de Tarragone, assez tard dans la nuit…




Matoufilou

« L'une des déchirures propres à la poésie », c'est que, « ce qui est devant moi, au moment où je le dis, il faut justement qu'il ne soit plus. Les objets soumis à l'épreuve du poème, pour pouvoir briller d'un vif éclat, doivent cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir langage. » Avec ce paradoxe que « dans le même temps le langage les sauve et les porte à leur être. » (Fabrice Midal, Pourquoi la poésie ? L'Héritage d'Orphée, Pocket, 2010). Lisant cela, je songe également à la photo, où c'est le même principe : ce qui a été pris en photo (l'objet de la prise de vue) n'est déjà plus, est devenu langage. Et cependant c'est par ce langage qu'il existe, et qu'il prend éventuellement une existence nouvelle, devient, pour reprendre une expression désormais galvaudée, une réalité « augmentée ». Ce paradoxe confirme le cousinage (à mes yeux du moins) de la photo et de la poésie. La « déchirure » propre à la photo, c'est qu'elle ne fait exister son objet qu'en le faisant disparaître.
5 Commentaires
  1. Étrange composition … cet escalier menant au parvis qui tronçonne la cathédrale ne me convient pas, il est moins gênant pour le bâtiment à gauche car celui-ci est moins estropié.

  2. En m^me temps, c’est cohérent puisque cette cathédrale semble elle même tronquée, amputée du clocher qu’on s’attend à voir.
    Par contre, je m’étonne de l’aspect flouté des voutes à droite du portail.

  3. J’ai beaucoup photographié cette façade au fil de mes nombreux séjours à Tarragone. Elle est pour moi très inspirante. Mais sans jamais être totalement convaincu par mes vues. C’est que j’aime particulièrement je crois l’ambiance qu’il y a autour, ce mélange de sons et d’odeurs que la photo peut difficilement restituer. C’est pourquoi cette vue-ci, prise presque au débotté, sans pied, lors d’une très tardive virée nocturne, a retenu mon attention : hormis la prouesse d’une lumière d’ambiance, captée presque miraculeusement, j’y entends enfin cette petite musique que la journée me refuse (il y a toujours foule sur ces marches)…
    Le parvis, dans ce creux caché à la vue et qui tronque la façade, se trouve enfin plein de ce potentiel jusque-là toujours refusé.
    Merci Estienne et M. HR de m’avoir obligé à préciser mon intention.

  4. @ Monsieur HR : je pense que l’aspect flouté tient à l’orientation du candélabre qui éclaire la façade. Il est de biais et écrase les ombres à droite. On devine par contre au milieu les nids d’hirondelles (une petite rangée de points noirs au milieu).

  5. Merci pour ces précisions

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