Festival Interceltique, 11 août 2022.
Nous avons marché le long des quais, dans la nuit. Il y avait de l’ambiance et du son partout. Et il faisait une chaleur inhabituelle (37°C officiellement recensés le lendemain, record absolu à Lorient). Avant d’arriver dans le gymnase où se tenait un fest-noz (voir photos antérieures), nous avons fait une halte pour voir la fin d’un concert. Qui jouait ? Je ne sais pas. Je n’ai pris qu’une photo, l’appareil tenu à bout de bras, au-dessus de la foule (un verre de bière dans l’autre main). Franchement, ce bout de concert, je l’avais oublié, mais il reste cette photo hasardeuse. Et c’est peut-être finalement la seule photo correcte de cette nuit folle. Au retour vers Carnac, en fin de nuit, l’air était âcre, des champs en feu et les pompiers partout (la pièce cassée d’un engin agricole avait semé des étincelles sur les 25 km de son parcours). Une nuit d’anthologie !




Matoufilou

« L'une des déchirures propres à la poésie », c'est que, « ce qui est devant moi, au moment où je le dis, il faut justement qu'il ne soit plus. Les objets soumis à l'épreuve du poème, pour pouvoir briller d'un vif éclat, doivent cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir langage. » Avec ce paradoxe que « dans le même temps le langage les sauve et les porte à leur être. » (Fabrice Midal, Pourquoi la poésie ? L'Héritage d'Orphée, Pocket, 2010). Lisant cela, je songe également à la photo, où c'est le même principe : ce qui a été pris en photo (l'objet de la prise de vue) n'est déjà plus, est devenu langage. Et cependant c'est par ce langage qu'il existe, et qu'il prend éventuellement une existence nouvelle, devient, pour reprendre une expression désormais galvaudée, une réalité « augmentée ». Ce paradoxe confirme le cousinage (à mes yeux du moins) de la photo et de la poésie. La « déchirure » propre à la photo, c'est qu'elle ne fait exister son objet qu'en le faisant disparaître.
6 Commentaires
  1. Ils ont mis le feu !
    MRVR

  2. Une belle réalité «augmentée»

  3. @ RV : Toute cette nuit fut de feu. J’en garde un souvenir global très vif, mais très flou en même temps, ayant perdu le souvenir de plein de détails. Sentiment par conséquent de profonde étrangeté. Et sans doute la raison pour laquelle j’y suis revenu.
    @ XC : Réalité augmentée je ne sais pas, mais au moins décalée. Et n’est-ce pas finalement le sens d’une photo que de faire apparaître-disparaître ce dont on a perdu le souvenir, ou qui est passé trop vite ou qu’on regrette de n’avoir pas fouillé davantage ?
    La photo pour moi est indissociable d’une réalité intérieure. Comme chez Proust, Barthes ou Ernaux. C’est grave docteur ?

  4. Ça aurait pu être grave si tu avais renversé ton verre de biere.
    MRVR

  5. Moi mon rapport à la photo n’est pas temporel, j’aime surtout capter subjectivement un morceau d’un reflet de l’espace.
    MRVR

  6. Une belle image, une belle composition. J’aurai juste un petit peu densifier les noirs … Bonne année à tous !

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