Scène de rue.




Matoufilou

« L'une des déchirures propres à la poésie », c'est que, « ce qui est devant moi, au moment où je le dis, il faut justement qu'il ne soit plus. Les objets soumis à l'épreuve du poème, pour pouvoir briller d'un vif éclat, doivent cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir langage. » Avec ce paradoxe que « dans le même temps le langage les sauve et les porte à leur être. » (Fabrice Midal, Pourquoi la poésie ? L'Héritage d'Orphée, Pocket, 2010). Lisant cela, je songe également à la photo, où c'est le même principe : ce qui a été pris en photo (l'objet de la prise de vue) n'est déjà plus, est devenu langage. Et cependant c'est par ce langage qu'il existe, et qu'il prend éventuellement une existence nouvelle, devient, pour reprendre une expression désormais galvaudée, une réalité « augmentée ». Ce paradoxe confirme le cousinage (à mes yeux du moins) de la photo et de la poésie. La « déchirure » propre à la photo, c'est qu'elle ne fait exister son objet qu'en le faisant disparaître.
8 Commentaires
  1. Un vrai “Instant décisif”. D’où dérive un bel effet d’humour noir.
    Dommage, le premier plan à gauche est plutôt gênant car il empêche de bien cadrer la scène utile.

  2. Il faut rendre à Cesar…
    MRVR

  3. J’avoue avoir du mal à sourire de cette scène , actuellement .
    Les carcasses calcinées et la “mort” qui traverse la vile sont tellement d’actualité que ça fait froid dans le dos .

  4. @ Henri : Manière certainement d’évacuer une angoisse que ce choix pas si inconscient. Je reste sidéré par ce qui se passe en Ukraine et ça m’obsède.
    @ GB : Tu me fais douter mais je trouvais au contraire que ces passants qui détournent la tête ajoutaient à l’insolite de la scène.
    @ RV : J’ai pensé à tes scènes de rue et à ton humour (noir parfois) en choisissant cette vue.
    Merci à vous pour le regard.

  5. L’actualité est dure et l’écho qui émane de cette image en supporte le poids …

  6. Les images de carcasses de voitures calcineees n’ont hélas pas attendu l’invasion de l’Ukraine pour exister.
    MRVR

  7. Un peu surréaliste tout ça. Ce qui m’intrigue le plus, ce sont les regards des personnes à l’avant-plan, tournés vers la carcasse ou le jeune garçon, comme si le drame venait de se produire.

  8. Merci jean, oui c’est ce que j’ai trouvé étonnant dans cette vue, ces têtes qui se tournent vers la scène et qui tombent nécessairement sur ce pauvre garçon malencontreusement présent avec une tenue qui donne à la scène un aspect fantastique.
    Harry Potter le retour. Le monde invisible des sorciers soudain capté par l’image.

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