Lannion, 30 octobre.
Pendant que tu descends vers la mer, dans la ria remonte le courant. À chaque boucle, l’estuaire espéré paraît s’éloigner. À ce rythme, quand tu arriveras à la pointe du Yaudet, à l’embouchure du Léguer, le fleuve sera en ville, à trinquer avec les quais.
La nuit tombe, cette maison éclairée, au loin, ressemble à celle de l’ogre, et il est peut-être raisonnable finalement de faire demi-tour.




Matoufilou

« L'une des déchirures propres à la poésie », c'est que, « ce qui est devant moi, au moment où je le dis, il faut justement qu'il ne soit plus. Les objets soumis à l'épreuve du poème, pour pouvoir briller d'un vif éclat, doivent cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir langage. » Avec ce paradoxe que « dans le même temps le langage les sauve et les porte à leur être. » (Fabrice Midal, Pourquoi la poésie ? L'Héritage d'Orphée, Pocket, 2010). Lisant cela, je songe également à la photo, où c'est le même principe : ce qui a été pris en photo (l'objet de la prise de vue) n'est déjà plus, est devenu langage. Et cependant c'est par ce langage qu'il existe, et qu'il prend éventuellement une existence nouvelle, devient, pour reprendre une expression désormais galvaudée, une réalité « augmentée ». Ce paradoxe confirme le cousinage (à mes yeux du moins) de la photo et de la poésie. La « déchirure » propre à la photo, c'est qu'elle ne fait exister son objet qu'en le faisant disparaître.
3 Commentaires
  1. Voilà qui me rappelle les bords de Rance. C’est vrai que, même lointaine et un peu floue, elle paraît menaçante cette maison au coin de la boucle.
    MRVR

  2. Le lointain flou me paraissait renforcer l’étrangeté, mais nous sommes apparemment les seuls à le penser, mon cher RV . J’en déduis que ma tentative de jouer au petit Poucet est un échec.

  3. C’est peut être parce que j’ai souvent longé la Rance entre Le Chatelier et Dinan et que j’y ai un peu éprouvé la même impression entre émerveillement et inquiétude.
    MRVR

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