(Douleur du confinement, 4). L’obligation de rester dans le périmètre du kilomètre autour de son domicile en mars-mai 2020 m’a été insupportable. Si bien que cette photo, je l’ai véritablement rêvée avant de la faire (dès que j’ai pu).




Matoufilou

« L'une des déchirures propres à la poésie », c'est que, « ce qui est devant moi, au moment où je le dis, il faut justement qu'il ne soit plus. Les objets soumis à l'épreuve du poème, pour pouvoir briller d'un vif éclat, doivent cesser d'être ce qu'ils sont pour devenir langage. » Avec ce paradoxe que « dans le même temps le langage les sauve et les porte à leur être. » (Fabrice Midal, Pourquoi la poésie ? L'Héritage d'Orphée, Pocket, 2010). Lisant cela, je songe également à la photo, où c'est le même principe : ce qui a été pris en photo (l'objet de la prise de vue) n'est déjà plus, est devenu langage. Et cependant c'est par ce langage qu'il existe, et qu'il prend éventuellement une existence nouvelle, devient, pour reprendre une expression désormais galvaudée, une réalité « augmentée ». Ce paradoxe confirme le cousinage (à mes yeux du moins) de la photo et de la poésie. La « déchirure » propre à la photo, c'est qu'elle ne fait exister son objet qu'en le faisant disparaître.
5 Commentaires
  1. Les évadés du confinement, au vu de leurs expressions , pas certains d’être sortis d’affaire. Prochaine photo, les troupes de Darmanin lancées à leur poursuite ?

  2. Traitement proche de la gravure ou du dessin qui donne en effet un aspect plus onirique.

  3. C’était le principe. Une image comme un rêve. Avec ces coureurs heureux d’en découdre. Concentrés. Et libérés de leur prison.

  4. Je me demande ce que pensent les “vrais” prisonniers des dimension de cette cage … Cela dit, j’aime bien le traitement particulier de cette photo avec ces lignes qui dessinent joliment les coureurs. On connait bien pire comme traitement informatique !

  5. Merci Estienne pour le commentaire. Je reconnais que ma prison du km fut très relative comparée aux conditions de vie désastreuses de nos 80 000 et quelques personnes écrouées, et j’ai honte de comparer mon écrou au leur. Pour autant, j’ai très mal vécu cette privation d’aller et venir et me suis vraiment senti psychologiquement enfermé durant tout ce temps du premier confinement en dépit de conditions de logement quasi idéales, avec un balcon de quelques hectares pour aire de jeu.

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